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Classification des lames
      Quelques définitions de base      


Les lames peuvent être classées dans différentes catégories, en fonction du critère retenu :


Classification selon la longueur de la lame

Une lame de sabre (tôshin 刀身) est divisée en deux parties (fig. 01) : la partie aiguisée de la lame (kami 上身, A) se prolonge, au-delà des épaulements du tranchant (ha-machi 刃区) et du dos (mune-machi 棟区), par une soie (nakago 茎, B) sur laquelle s’enfile une poignée (tsuka 柄) qui y est fixée grâce à une goupille conique en bambou (mekugi 目釘) qui passe à travers le trou prévu à cet effet. La longueur d’une lame (nagasa 長さ, hachô 刃長 ou ha-watari 刃渡り, C) se mesure en ligne droite de la pointe au mune-machi. La longueur totale de l’objet (zenchô 全長, D) n’est qu’exceptionnellement mentionnée dans les sources et les ouvrages de référence. Au Japon, cette longueur de lame est encore souvent exprimée selon l’ancienne unité de mesure shaku 尺. Un shaku (30,3 cm) est divisé en 10 sun 寸 et chaque sun en 10 bu 分. Le « ni-shaku san-sun » (soit environ 70 cm) est une longueur standard pour les katana de la période d’Edo. L’importance de la courbure est exprimée par la valeur du segment E qui est perpendiculaire à C et se situe approximativement au point de la flèche maximale de courbure.

En fonction de la longueur C, les lames sont classées dans l’une des trois catégories suivantes :

  • daitô 大刀 (« grand sabre ») : la lame mesure plus de 2 shaku (soit plus de 60 cm) ; tachi, katana, naginata-naoshi, ômi-yari.

  • shôtô 小刀 (« petit sabre ») : la lame fait entre un et deux shaku (de 30 à 60 cm) ; ko-dachi, ô-wakizashi, wakizashi.

  • tantô 短刀 (« sabre court ») : il s’agit des poignards dont la longueur n’excède pas un shaku.

Bien que ces trois catégories furent clairement établies dans la Loi réglementant la détention des sabres et des armes à feu [1] (Teppô tôken rui shoji nado torishimaru hô 鉄砲刀剣類所持等取締法) du 10 mars 1955, les auteurs de l’époque d’Edo classaient déjà les lames selon leur longueur et faisaient les distinctions suivantes : « Une lame de plus de 2 shaku est un katana. Si la longueur se situe entre 1 shaku 8 sun et 1 shaku 9 sun et 9 bu et demi (soit entre 1,8 et 1,995 shaku), c’est un grand wakizashi (ô-wakizashi). »[2] Cette définition de ô-wakizashi est toujours d’usage et les petits wakizashi (ko-wakizashi) font moins d’un shaku 3 sun (39 cm).

Le daishô 大小, ou paire de sabres, prérogative du samouraï à compter du xvie siècle, tire son nom de la contraction des termes daitô et shôtô et signifie littéralement « grand-petit ». Un daishô est constitué d’un katana 刀 et d’un wakizashi 脇指 dont toutes les montures sont assorties et dont les deux lames, dans le cas du véritable daishô, sont l’œuvre du même forgeron.

mesurer une lame de sabre
fig. 01 Mesurer une lame.
[1] Ogasawara, Uchigatana goshirae, p. 227-228.
[2] 刀、 長二尺ヨリ刀ト云。大脇指、長サ一尺八寸ヨリ一尺九寸九分半マデ Ôgi Iori, Kotô meizukushi taizen, livre premier, folio 12.

Classification en fonction du type de construction

Au cours de l’histoire millénaire des armes blanches japonaises, les sabres et les poignards (ici il ne sera pas question des armes d’hast) ont été réalisés dans différentes formes, selon le goût de l’époque et les nécessités pratiques. Le tsukurikomi 造り込み – terme propre au domaine du sabre japonais – est la « construction », la « structure » ou l’« architecture » de la lame. Outre la longueur, c’est le positionnement des arêtes, la forme du dos, de la pointe, l’épaisseur et la largeur qui définissent des styles. En voici les principaux :

Shinogi-zukuri 鎬造 : « structure à arête longitudinale » (fig. 02) ; l’écrasante majorité des sabres longs (tachi, katana) forgés depuis la fin de la période de Heian (xiexiie s.) sont de construction shinogi-zukuri. Les sabres courts (wakizashi) le sont souvent ; les tantô jamais.

Hira-zukuri 平造 : construction dite « plate » (fig. 03) ; sans doute la plus ancienne forme de lame. Les tantô et les wakizashi courts (lorsque la lame ne fait qu’un peu plus d’un shaku) sont généralement de ce type. Au-delà de 35 cm de nagasa, le hira-zukuri est rare. Il subsiste cependant quelques longues lames datant entre 1350 et 1580 qui présentent cette construction.

Kiriha-zukuri 切刃造 (fig. 04) : cette forme de structure apparaît après le hira-zukuri et est fréquente sur les épées de la période de Nara (viiie siècle). Elle a servi de point de départ au développement du shinogi-zukuri. À l’origine, le terme kiriha-zukuri désignait des lames dont un seul côté avait un tranchant biseauté, l’autre flanc étant plat. Quand les deux côtés étaient biseautés, le terme ryô-kiriha 両切刃 s’appliquait.

Kata-kiriha-zukuri 片切刃造 (fig. 05) : seul l’un des deux flancs plats parallèles est biseauté afin de former le tranchant, l’autre restant plat (en hira-zukuri). D’après certains auteurs (Fukunaga) cette forme très ancienne date d’avant la période de Nara, mais d’après d’autres (Nagayama) elle serait apparue à la fin de la période de Kamakura. À l’origine, appelé simplement kiriha-zukuri. Sanjô Munechika, Awataguchi Kunitomo, Rai Kunitoshi, Kyô Nobukuni, Sôshû Yukimitsu et Sadamune, Takagi Sadamune, Nôshû Kinjû, Bizen Kagemitsu et Kanemitsu sont, entre autres, des forgerons qui ont laissé des lames en kata-kiriha-zukuri. À l’époque shintô, Umetada Myôju, Horikawa Kunihiro, Echizen Yasutsugu, Echizen Sadakuni, Nakasone Kotetsu et Hizen Tadayoshi ont forgé quelques lames dans ce style. À l’époque shin-shintô, on en trouve quelques exemples parmi les œuvres de Suishinshi Masahide, Taikei Naotane et Gassan Sadakazu. Il existe aussi des lames dont un côté est en kiriha, l’autre en shinogi-zukuri.

Naginata-naoshi-zukuri 薙刀直造 / nagamaki-naoshi-zukuri 長巻直造 : terme qui s’applique aux fers de hallebardes dont la soie a été raccourcie et la courbure légèrement corrigée pour les porter sous forme de katana ou de wakizashi, voire aux lames fabriquées directement sous cette forme qui eut quelque succès au début et à la fin de la période d’Edo. 

Moroha-zukuri 両刃造 : « construction à double tranchant » (fig. 06) ; forme que l’on rencontre principalement sur les tantô. Les poignards, droits ou légèrement courbés, en moroha-zukuri furent surtout forgés entre les années 1470 et 1590, dans la province du Bizen.

Shôbu-zukuri 菖蒲造 : la forme de cette structure, utilisée principalement pour les sabres courts et les poignards, ressemble à une feuille d’acore. L’arête longitudinale rejoint le dos très mince de la lame à quelques millimètres de l’extrémité de la pointe, laquelle n’est pas marquée par un yokote. Les wakizashi en shôbu-zukuri sont nombreux parmi les œuvres de Sairen, Niô, Fujishima, Mihara, Ryôkai et Heianjô Mitsunaga. Des sources de l’époque d’Edo affirment que les lames en shôbu-zukuri sont très efficaces pour la coupe, mais que la pointe est trop fragile.

Classification en fonction de l’époque de fabrication

L’histoire des épées et sabres japonais peut être divisée en 5 grandes périodes principales qui sont par ordre chronologique :

Jôkotô 上古刀 : « l’épée antique » (du iiie au ixe siècle). Durant cette période apparaissent au Japon les premières épées forgées (chokutô 直刀, « sabre droit »). Elles ne possèdent pas encore la courbure qui définira le moment d’apparition des sabres.

Kotô 古刀 : « le sabre ancien » (du xe au xvie siècle). Cette période débute avec la naissance des sabres typiquement japonais, et non plus d’inspiration chinoise. Les productions de cette période présentent des caractéristiques « régionales » qui sont fonction du lieu de fabrication, établi à proximité des gisements de fer.

Shintô 新刀 : « le nouveau sabre » (du xviie au xviiie siècle). Avec l’amélioration des voies de communication, les sabres peuvent être fabriqués ailleurs que sur les lieux d’extraction du minerai. On commence aussi à utiliser du fer importé d’Europe (nanban-tetsu 南蛮鉄). Il devient alors plus difficile de mettre en évidence des caractéristiques régionales et des styles mixtes fleurissent à travers le pays. Cette période est également marquée par l’apparition du daishô et par la mise en œuvre de nouvelles méthodes de fabrication.

Shinshintô 新々刀 : « le nouveau sabre nouveau » (de la fin du xviiie siècle à la fin du xixe siècle). Vers la fin de l’époque d’Edo, une vague de « nationalisme » (kokugaku 国学, « études nationales ») remet au goût du jour les valeurs traditionnelles du passé ; les forgerons s’appliquent à produire des lames ayant pour modèles celles des périodes Kamakura 鎌倉 (1185-1332) et Nanbokuchô 南北朝 (1333-1391).

Gendaitô 現代刀 : « le sabre contemporain » (de la fin du xixe siècle à nos jours). Ce terme ne s’applique qu’aux lames forgées à partir d’acier de bas fourneau et par la méthode traditionnelle. Les lames produites industriellement en série suivant des normes réglementées et avec de l’acier « occidental » sont les shôwatô 昭和刀 (cette appellation peut aussi s’appliquer aux lames forgées à la main durant l’ère Shôwa, 1926-1989). Le terme guntô 軍刀, « le sabre militaire » (jusqu’à 1945), désigne plutôt un type de monture que de lame, celle-ci pouvant être un gendaitô, un shôwatô ou parfois même une lame plus ancienne. Les montures de ces sabres militaires  fabriqués à partir de la formation, en 1873, d’une armée nationale de conscription jusqu’à la fin de la Deuxième guerre mondiale prennent pour modèle des sabres français et anglais. Un nouveau modèle imitant les montures anciennes est adopté en 1934 pour l’armée de terre, et en 1937 pour la marine. Enfin, le terme shinsakutô 新作刀 (« le sabre de fabrication récente ») désigne les gendaitô les plus récents, en particulier ceux fabriqués à partir de 1949, quand les Américains, convaincus par les Japonais de la valeur artistique et de l’intérêt historique des sabres traditionnels, autorisèrent à nouveau leur fabrication artisanale pour éviter la perte d’un savoir-faire millénaire.

shinogi-zukuri
fig. 02 Shinogi-zukuri
hira-zukuri
fig. 03 Hira-zukuri
kiriha-zukuri
fig. 04 Kiriha-zukuri
kata-kiriha-zukuri
fig. 05 Kata-kiriha-zukuri
moroha-zukuri
fig. 06 Moroha-zukuri

Classification en fonction du lieu de fabrication ; les styles

Bien qu’il n’existe pas deux lames rigoureusement identiques, des forgerons travaillant au même endroit à la même époque font apparaître dans leurs œuvres un certain nombre de caractéristiques communes, d’où la définition de styles. Les principaux centres de production émergent au cours de la période kotô et sont localisés dans les provinces Yamato 大和, Yamashiro 山城, Bizen 備前, Sagami 相模 et Mino 美濃, qui définissent les cinq « traditions » de la période kotô, regroupées sous le terme gokaden 五ヶ伝. Ces cinq grands courants se subdivisent en une multitude d’écoles ayant chacune son style propre. Enfin, ces écoles ayant une longévité assez importante, on trouvera parfois les préfixes ko- 古, chû- 中, sue- 末 (« ancien », « moyen », « fin ») précédant le nom de l’école.

Dès la fin de la période kotô, c’est-à-dire la fin du xvie siècle, s’opère un changement de la localisation de la production vers les « villes [qui se développent] sous le château » jôkamachi 城下町. Vers 1660, les deux centres principaux sont situés à Ôsaka et Edo, où naissent les styles Ôsaka-shintô 大阪新刀 et Edo-shintô 江 戸新刀. Le nom d’une ère peut également être utilisé pour décrire le style [de la forme] : Kan’ei-shintô 寛永新刀 (« nouveau sabre de l'ère Kan'ei »), Kanbun-shintô 寛文新刀, etc.

Enfin, à toutes les époques, les maîtres artisans les plus doués et les plus inventifs ont créé leur propre style.

Carte de l’ancien Japon

Liste des ères (ordre chronologique)

Liste des ères (ordre alphabétique)



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